Société

7 février : aucune prolongation du CPT — les lignes bougent, les voix s’élèvent, la rupture est actée

À mesure que s’approche l’échéance du 7 février, le débat autour de la prolongation — explicite ou déguisée — du Conseil présidentiel de transition (CPT) s’intensifie. Loin d’un consensus national, la perspective d’un maintien, même partiel, de cette structure transitoire suscite une opposition de plus en plus assumée au sein de la classe politique haïtienne. Des figures aux parcours différents, mais convergents sur le fond, montent désormais au créneau pour dire non à toute reconduction du CPT, quelle qu’en soit la forme.

Evallière Beauplan : une condamnation morale et institutionnelle

Parmi les prises de position les plus sévères figure celle de Evallière Beauplan, ancien sénateur à trois reprises. Dans un message largement relayé, il dénonce un choix qu’il juge irréversible : celui d’avoir privilégié l’argent et les intérêts personnels au détriment de l’honneur, de l’éthique et du devoir public. Selon lui, le CPT paie aujourd’hui le prix de cette dérive morale.

Le ton est sans équivoque. Pour Evallière Beauplan, on ne peut servir à la fois la cupidité et une quelconque forme de gloire durable. Désormais discrédité, le CPT n’aurait plus ni légitimité politique ni autorité morale pour poursuivre la transition. Il appelle explicitement à la fin des manœuvres dilatoires et au respect du verdict des institutions de contrôle de l’État, citant notamment l’ULCC, la CSCCA et l’UCREF. Le message est clair : le temps de la transition est clos, celui de la reddition de comptes doit s’ouvrir.

Le parti EDE refuse toute reconduction, même partielle

Cette ligne de rupture est également assumée par le parti Les Engagés pour le Développement (EDE). Dans un communiqué officiel publié le 3 février 2026, la formation politique exprime sa ferme opposition à toute initiative visant à maintenir, sous quelque forme que ce soit, l’actuel CPT.

Le document décrit un organe largement décrié, jugé illégitime et impopulaire, qui aurait gravement compromis une transition initialement conçue pour apaiser la souffrance de la population, mais détournée au profit de la cupidité et d’ambitions personnelles démesurées. Pour EDE, conserver le CPT, en totalité ou en partie, constituerait une diversion politique et une décision nulle et non avenue.

Le parti réaffirme son attachement à la formule inscrite dans le consensus politique, à savoir la mise en place d’un exécutif bicéphale composé d’un seul président et d’un premier ministre, rejetant toute tentative de récompenser l’échec et la mauvaise gouvernance.

Claude Joseph et le refus du bricolage institutionnel

Dans la même dynamique, Claude Joseph, ancien ministre des Affaires étrangères et ex-Premier ministre, s’est lui aussi opposé à toute prolongation du CPT. Sans ambiguïté, il estime que la transition ne peut être éternelle et que le pays ne peut continuer à fonctionner sur la base d’arrangements temporaires dépourvus de fondement constitutionnel clair.

Pour Claude Joseph, toute tentative de prolongation, même sous couvert de réaménagement institutionnel, fragiliserait davantage l’État et accentuerait la crise de confiance entre les gouvernants et la population. Il plaide pour une sortie ordonnée de la transition, respectueuse des principes de légalité et de responsabilité politique.

Une opposition plurielle, mais convergente

Ce qui frappe dans ces prises de position, c’est leur convergence malgré la diversité des trajectoires politiques. Anciens parlementaires, ex-ministres, partis signataires de consensus politiques : tous rejettent l’idée d’un CPT prolongé, transformé ou recyclé. Tous considèrent que le maintien de cet organe constituerait une fuite en avant et une confiscation de la transition.

À l’approche du 7 février, le message devient de plus en plus audible : la transition ne peut se transformer en système permanent. La légitimité politique ne se proroge pas par communiqué, ni par arrangements de circonstance. Elle se reconstruit à travers des institutions crédibles, des mécanismes de contrôle effectifs et un calendrier clair vers des autorités élues.

Des signaux internationaux sans équivoque

Entre-temps, la communauté internationale a levé toute ambiguïté. Sa position est désormais sans équivoque : la continuité de l’action publique passe par le gouvernement en place, conduit par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, chargé de piloter le pouvoir exécutif jusqu’à la sortie ordonnée de la transition. Aucun soutien n’est accordé à des formules parallèles, bricolées ou issues d’accords politiques sans base institutionnelle solide.

La présence d’un porte-avions de la United States Navy dans la baie de Port-au-Prince, à quatre jours seulement de la fin du mandat du CPT, a constitué un premier signal lourd de sens. Trois jours avant l’échéance, ce signal s’est renforcé. L’ambassade des États-Unis a pris position fermement en faveur d’un gouvernement bicéphale fonctionnel, articulé autour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, pour conduire Haïti vers davantage de justice, de stabilité et de prospérité. Dans le même temps, un avion militaire américain s’est posé sur le tarmac de l’Aéroport international Toussaint Louverture.

Ces gestes ne relèvent ni du hasard ni du symbolisme gratuit. Ils s’adressent directement aux fauteurs de troubles, aux groupes armés, mais aussi à Guy Philippe, qui avait publiquement menacé de prendre le pouvoir par les armes le 7 février. Ils visent également les initiatives politiques parallèles, comme les réunions tenues à l’Hôtel Oasis, ayant tenté d’imposer un scénario de rupture en désignant le juge Lebrun de la Cour de cassation comme président, ou encore les arrangements issus de l’accord de Montana, par lesquels trois conseillers-présidents ont envisagé un collège présidentiel réduit à trois membres.

Le message est limpide : ni prise de pouvoir par la force, ni transition bis, ni présidence improvisée. Le cadre est fixé. Les marges de manœuvre sont closes. Après le 7 février, il n’y aura ni vide institutionnel, ni aventure politique. Seulement la continuité de l’État, ou le face-à-face avec les conséquences.

Desk Report

About Author

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

@2024 All Rights Reserved by laprimeurhaiti.com