Société

Graduation P4000/35e promotion de la Police : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé promet de traquer tous les bandits, « ceux à sapattes et ceux a cravates »

Port-au-Prince, — Dans un contexte national marqué par l’insécurité persistante, la pression politique et l’urgence de restaurer l’autorité de l’État, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, également chef du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), a prononcé aujourd’hui d’un ton ferme, un discours à forte portée institutionnelle et symbolique lors de la graduation de la 1ère promotion du Projet P4000, intégrée à la 35ᵉ promotion de la Police nationale d’Haïti (PNH).

En présence de l’ambassadeur des États-Unis, de l’ambassadeur du Canada, de représentants de l’Union européenne ainsi que d’autres diplomates, et face à un auditoire composé de nouvelles recrues, le chef du gouvernement a adopté un ton à la fois solennel et offensif, affirmant que l’État haïtien se trouve à un “carrefour historique” et que la République est désormais engagée dans une trajectoire irréversible : celle de la reconquête de la sécurité, de la stabilité et de la continuité républicaine.

« La République d’Haïti fait corps avec sa Police nationale »

Dès l’ouverture, Alix Didier Fils-Aimé a posé une ligne politique claire : son gouvernement se place sans ambiguïté aux côtés de la PNH. Se présentant non seulement comme Premier ministre, mais comme “serviteur de l’État”, il a insisté sur le caractère total de l’engagement de l’exécutif envers l’institution policière, qualifiée de pilier central de la stabilité nationale.

Dans une formule forte, il a déclaré que la Police nationale n’est pas seulement une force de sécurité, mais “la permanence de l’État” et “le rempart contre le chaos”. Une reconnaissance solennelle a été adressée aux policiers qui “jour et nuit” protègent la population “au péril de leur vie”, tandis qu’un hommage particulier a été rendu aux familles des agents tombés dans l’exercice de leurs fonctions.

Cette insistance sur la dimension sacrificielle du métier policier traduit la volonté du gouvernement de renforcer le moral des troupes, tout en réaffirmant la légitimité de la PNH comme bras opérationnel d’un État décidé à reprendre l’initiative.

Le Projet P4000 présenté comme une décision souveraine et une stratégie nationale

Au cœur du discours, le Premier ministre a consacré une large part à défendre le Projet P4000, présenté comme une réponse structurelle à l’urgence sécuritaire. Pour le chef du gouvernement, il ne s’agit “ni d’une improvisation ni d’une promesse sans lendemain”, mais d’un choix stratégique assumé par l’État haïtien pour doter durablement le pays d’une police plus forte, plus professionnelle et mieux déployée sur le territoire.

La graduation de 877 nouveaux policiers marque, selon lui, un tournant majeur : celui du lancement concret d’un projet historique destiné à renforcer rapidement les effectifs et la capacité de projection de la PNH. Le Premier ministre a d’ailleurs annoncé que “dans les semaines à venir, 1 200 autres cadets viendront renforcer les rangs de la République”.

Mais au-delà des chiffres, Alix Didier Fils-Aimé a voulu donner au P4000 une signification plus large : “Le Projet P4000 n’est pas un chiffre : c’est une stratégie nationale de reconquête, de stabilisation et de consolidation de l’autorité de l’État.” Un message direct aux recrues : elles sont désormais appelées à accompagner l’État dans la récupération des zones considérées comme perdues, et à les protéger durablement.

« L’État ne recule plus » : une doctrine d’autorité assumée

Le passage le plus marquant du discours reste l’affirmation répétée d’un État qui se veut désormais debout, déterminé et offensif. “L’État ne recule plus. L’État assume pleinement sa mission”, a martelé le Premier ministre, traçant une doctrine d’autorité qui se veut sans concession face aux groupes armés et à leurs soutiens.

Dans une adresse directe au peuple haïtien, il a affirmé que “le vent a tourné” et que l’époque où les groupes armés imposaient la peur touche à sa fin. Selon lui, “jour après jour, territoire après territoire, l’État reprend possession de son sol”, s’appuyant sur une police renforcée, une chaîne de commandement unifiée et une volonté politique qu’il décrit comme incontestable.

Le Premier ministre a également insisté sur un principe : “l’ordre républicain ne se négocie pas, il s’impose”. Pour l’exécutif, la sécurité est à la fois un droit fondamental pour la population et une obligation non négociable pour l’État. Dans cette logique, il affirme que “la peur change de camp”, signe d’un renversement psychologique que le gouvernement veut installer durablement.

Sécurité, stabilité, élections : une séquence politique présentée comme indissociable

Au-delà de l’opérationnel, Alix Didier Fils-Aimé a articulé son discours autour d’une séquence politique : “Sans sécurité, il n’y a pas de stabilité ; sans stabilité, pas d’élections crédibles ; et sans élections crédibles, pas de légitimité durable.”

Cette articulation donne au discours une dimension stratégique : la lutte contre l’insécurité n’est pas seulement une réponse à la violence actuelle, mais une condition préalable au retour à l’ordre constitutionnel. L’objectif déclaré du gouvernement est de “rétablir l’ordre républicain, garantir la sécurité des citoyennes et des citoyens et restaurer pleinement l’autorité de l’État sur tout le territoire”.

Message aux recrues : intégrité, unité et mission sacrée

S’adressant directement aux nouvelles policières et nouveaux policiers, le Premier ministre a décrit leur engagement comme une “mission sacrée”. Il les a appelés à faire de leur “conscience” et de leur “amour pour Haïti” un guide, à faire de leur “intégrité” une armure, et de leur “unité” une force, rappelant que derrière chaque mission, “il y a une Nation entière qui place son espérance en votre courage”.

Dans un pays où la défiance envers les institutions a longtemps nourri la crise, ce passage vise à redonner une dimension morale et patriotique au service public, tout en tentant de renforcer la cohésion interne de la PNH.

Message aux gangs et à leurs complices : aucun complice ne sera au-dessus de la loi

Dans un registre plus ferme, Alix Didier Fils-Aimé a lancé un avertissement explicite : “À ceux qui menacent la paix et à ceux qui soutiennent la criminalité, je le dis avec gravité : la République ne reculera pas. Aucun gang, aucun complice, aucune zone ne sera au-dessus de la loi.”

Le discours a aussi intégré une dimension diplomatique, avec des remerciements adressés aux partenaires internationaux — notamment les États-Unis d’Amérique, le Canada et l’Union européenne — ainsi qu’aux formateurs et cadres de la PNH, pour leur appui constant à cette avancée.

À moins de 15 jours du 7 février : appel à la stabilité et au dialogue

Dans un passage à forte résonance politique, le Premier ministre a souligné que le pays se trouve à moins de quinze jours du 7 février 2026. Dans ce contexte, il a lancé un appel clair : “L’heure est au ralliement derrière la PNH qui fait des avancées palpables sur le terrain. L’heure est également à la stabilité et non aux aventures qui risquent de mettre en péril les acquis actuels.”

Il a également plaidé pour un dialogue entre les forces vives du pays, incluant les partis politiques : “Dans les jours qui viennent, l’heure est surtout au dialogue entre les forces vives du pays (…) qui doivent être associées sans exclusive aux grandes décisions à prendre pour favoriser une meilleure gouvernance dans les mois à venir.”

Ce passage marque une tentative d’équilibre : afficher la fermeté sécuritaire tout en appelant à une solution politique inclusive, dans une période où l’avenir institutionnel immédiat demeure un sujet sensible.

Discours de guerre contre les gangs et les “bandits en cravate”

Le discours s’est prolongé dans une deuxième partie en créole, au ton nettement plus émotionnel, plus direct, et plus mobilisateur. Le Premier ministre y a dressé un tableau sombre de la violence des gangs : “Yo touye, yo vyole, yo boule kay, yo chase fanmi. Yo fè manman kriye, yo fè timoun dòmi anba tant, yo fè granmoun pèdi diyite yo.”

Il a qualifié cette situation non pas de simple désordre, mais d’une réalité de guerre : “Sa a pa yon dezòd òdinè : se lagè gang yo ap mennen kont Repiblik la.”

S’adressant aux victimes, il a affirmé : “Batay m ap mennen an se pou nou. Se pou timoun yo ka ale lekòl san kè sote. Se pou wout yo relouvri. Se pou pèp la respire.”

Dans une formule qui a retenu l’attention, il a déclaré que l’État combat non seulement les gangs armés, mais aussi leurs réseaux de soutien : “Nou pa sèlman ap konbat bandi ak sapat, men tou bandi ak kravat, bandi k ap finanse krim, bandi k ap kache dèyè bèl diskou pou fè pwofi sou dezòd.”

Il a ensuite adressé une mise en garde : “Gang yo pap dirije Ayiti. Kriminèl, ak kravat, Kriminèl ak sapat, pap fè lalwa.” Et il a promis une riposte sans concession : “Nenpòt moun (…) ki chwazi kanpe anfas Lapolis ak Leta, ap jwenn repons Leta. San feblès. San konpwomi.”

Élections en 2026 : objectif final annoncé

Le Premier ministre a enfin réaffirmé un objectif politique majeur : “Òganize eleksyon lib, onèt ak kredib an 2026, pou pèp la repran souverènte li nan lapè.”

Dans un enchaînement final très rythmé, il a martelé : “Ayiti pap rete ajenou. Ayiti pap viv nan laperèz ankò. Ayiti leve kanpe. Ayiti ap vanse.” Avant de conclure par une série d’acclamations : “Viv Lapolis Nasyonal Dayiti ! Viv sekirite ! Viv estabilite ! Viv pèp ayisyen an ! Viv Ayiti !”

Un discours de reconquête et de mobilisation nationale

En définitive, l’intervention du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’inscrit dans une logique de mobilisation nationale autour de la PNH, avec un message central : l’État veut reprendre le contrôle, durablement, sans recul et sans compromis avec la criminalité.

Le Projet P4000 est présenté comme un instrument de transformation et de renforcement institutionnel, tandis que l’appel à la stabilité et au dialogue politique vise à préparer la prochaine phase de la transition, à l’approche du 7 février.

Dans un pays en quête d’ordre, de justice et de normalité, le discours du chef du gouvernement cherche à installer une nouvelle narration : celle d’un État qui se réarme, qui se réorganise, et qui entend imposer le retour de l’autorité républicaine sur l’ensemble du territoire.

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