Le 7 février 2026 marque un tournant institutionnel majeur. Pour sa première adresse à la nation en tant que seul chef de l’Exécutif, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a livré un discours de fermeté, d’engagement et de continuité. Entouré du haut commandement de la Police Nationale d’Haïti et de l’état-major des Forces Armées d’Haïti, le chef du gouvernement a posé les trois piliers de son action : sécurité, élections et redressement économique.
Le ton était sans ambiguïté. « Les gangs et ceux qui les soutiennent seront pourchassés, un à un », a-t-il déclaré, promettant une mobilisation totale de l’appareil sécuritaire. L’objectif affiché est clair : reprendre chaque zone sous contrôle armé, restaurer l’autorité de l’État et mettre fin à la logique de peur qui structure aujourd’hui le quotidien de millions d’Haïtiens. Coordination renforcée entre la police, l’armée et les unités spécialisées, continuité des opérations, absence de trêve : le gouvernement annonce une stratégie de pression constante. « Il n’y aura ni repos ni répit tant que les familles ne pourront pas vivre en paix », a insisté le Premier ministre, faisant de la reconquête sécuritaire la condition préalable à toute normalisation institutionnelle.
Dans son allocution, le chef du gouvernement a salué le travail accompli par le Conseil présidentiel de transition, tout en reconnaissant que l’insécurité persistante a empêché la tenue des élections dans les délais envisagés. La transition, a-t-il martelé, n’est pas close ; elle entre dans une phase décisive. Nommé le 11 novembre 2024 par le CPT, Alix Didier Fils-Aimé conduit désormais l’Exécutif conformément à l’article 149 de la Constitution amendée et à l’article 28.1 du décret portant organisation du Conseil présidentiel. La gestion de l’État est assurée par le Conseil des ministres sous sa présidence, dans un contexte où la continuité institutionnelle devient un impératif stratégique.
Au-delà du registre sécuritaire, le Premier ministre a reconnu l’ampleur de la crise humanitaire. Déplacements massifs de population, précarité alimentaire, accès limité aux soins, effondrement partiel des services publics : la réalité sociale impose une réponse immédiate. Il a ainsi annoncé un plan humanitaire d’urgence articulé autour de l’aide alimentaire, du renforcement de l’accès aux soins de santé et d’un appui aux populations les plus vulnérables. « Sécurité et dignité marcheront ensemble », a-t-il affirmé, soulignant que la stabilisation du pays ne saurait être uniquement militaire. Pour lui, la paix ne se résume pas à l’absence de tirs ; elle suppose aussi la restauration d’un minimum de conditions de vie pour les familles affectées par la violence.
Le chef du gouvernement a également lancé un appel large à l’unité nationale. Forces politiques, société civile, secteur privé, responsables religieux, artistes, jeunes, paysans, femmes et diaspora ont été invités à dépasser les fractures et à s’engager dans un pacte républicain centré sur trois priorités : sécurité, élections crédibles et redressement économique. Selon lui, les divisions ont affaibli l’État et retardé les solutions. Seule une convergence minimale autour d’objectifs communs permettra de sortir durablement de la crise. Il s’est dit prêt à participer à tout dialogue sincère entre les forces politiques et la société civile, estimant que la stabilité ne peut être construite sans un minimum de consensus.
Dans la perspective des élections, il a assuré que l’État ne manipulera aucune institution et ne favorisera aucun candidat. L’année 2026, a-t-il promis, devra être celle du rassemblement et du retour à la légitimité populaire. Le gouvernement entend créer les conditions sécuritaires, administratives et logistiques nécessaires à l’organisation de scrutins libres, inclusifs et crédibles. « Seul le peuple dictera les règles du jeu démocratique », a-t-il déclaré, affirmant que l’État restera le garant de l’équilibre institutionnel.
S’adressant aux partenaires internationaux, le Premier ministre a exprimé la gratitude de la nation pour le soutien déjà apporté, notamment dans la lutte contre les gangs armés. Il a toutefois plaidé pour un engagement renforcé, coordonné et durable, respectueux de la souveraineté nationale. Selon lui, l’ampleur des défis sécuritaires, humanitaires et économiques dépasse les capacités internes actuelles, mais la coopération doit s’inscrire dans une logique de partenariat et non de substitution.
Ce 7 février ne s’est donc pas limité à un passage symbolique. Il consacre une concentration claire de la responsabilité exécutive et ouvre une nouvelle séquence politique. Entre promesse de traque des réseaux criminels, relance humanitaire et engagement en faveur d’élections crédibles, Alix Didier Fils-Aimé inscrit son action dans une logique de reconquête de l’autorité publique. Reste à savoir si la détermination affichée se traduira, dans les semaines et les mois à venir, par des résultats tangibles sur le terrain, capables de restaurer la confiance d’une population éprouvée par des années d’instabilité.


