Diplomatie International

« Ils ne sont pas des patriotes haïtiens, mais des criminels » : Washington vise les membres du CPT accusés de connivence avec les gangs

Port-au-Prince — Le message est brutal, frontal et sans précédent dans sa forme. Dans un tweet publié ce jeudi, le Bureau of Western Hemisphere Affairs (Bureau des affaires de l’hémisphère occidental) du Département d’État américain a accusé des responsables politiques haïtiens d’être directement responsables de l’instabilité chronique du pays, allant jusqu’à affirmer que certains membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) « ne sont pas des patriotes haïtiens », mais « des criminels, tout comme les gangs avec lesquels ils conspirent ».

Cette sortie intervient au terme de plusieurs jours de tensions politiques au sommet de l’État, sur fond de manœuvres visant à modifier la composition du gouvernement à quelques jours d’une échéance majeure : la fin officielle du mandat du CPT le 7 février 2026. Selon plusieurs sources des conseillers-présidents ont obtenu déjà 5 votes pour révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, à seulement quinze jours de cette date butoir, une démarche qui a provoqué une onde de choc dans l’opinion et dans les milieux diplomatiques.

Dans ce climat déjà explosif, les États-Unis ont été les premiers à envoyer un avertissement clair. L’Ambassade américaine à Port-au-Prince avait déclaré que toute tentative de changement de la composition du gouvernement à ce stade avancé de la transition serait considérée comme « nulle et sans effet », estimant qu’une telle initiative affaiblirait l’objectif prioritaire de sécurité et de stabilité. Le message a ensuite été renforcé par le sous-secrétaire d’État Christopher Landau, qui a prévenu que toute personne soutenant une décision « disruptive » favorisant les gangs s’exposerait à des conséquences graves.

C’est dans la continuité de ces mises en garde que s’inscrit désormais le tweet du Bureau of Western Hemisphere Affairs, qui marque un durcissement notable du ton. Washington y rejette d’abord une thèse souvent évoquée dans certains discours : l’idée que l’instabilité haïtienne serait due à une quelconque faiblesse culturelle, constitutionnelle ou identitaire. Les États-Unis affirment au contraire que le problème est politique et criminel : des politiciens haïtiens corrompus utiliseraient des gangs et d’autres groupes armés pour créer le chaos dans les rues, puis exigeraient un rôle dans le gouvernement pour « calmer » le désordre qu’ils auraient eux-mêmes alimenté.

Dans ce message, l’administration américaine estime qu’une véritable stabilité ne pourra être atteinte que lorsque les dirigeants tireront leur légitimité du soutien des électeurs, plutôt que de leur capacité à semer le chaos ou à instrumentaliser l’insécurité. Une manière de rappeler que la crise actuelle n’est pas seulement sécuritaire, mais profondément liée aux mécanismes de captation du pouvoir et à la manipulation des rapports de force.

La phrase la plus explosive du tweet cible explicitement les membres du CPT accusés d’avoir emprunté cette voie. Selon le Bureau, ceux-ci ne seraient pas des patriotes, mais des criminels comparables aux gangs avec lesquels ils conspireraient. Une formulation qui, dans le langage diplomatique, équivaut à une accusation directe de collusion et de complicité avec les groupes armés.

Pourquoi ce tweet maintenant ? Plusieurs analystes y voient un signal politique clair adressé aux acteurs de la transition : des sanctions pourraient être annoncées sous peu contre certains membres du CPT, voire contre leurs proches, dans la lignée des avertissements formulés par Christopher Landau. Dans cette optique, aucune tentative de recomposition gouvernementale tardive ne serait tolérée si elle devait fragiliser la lutte contre l’insécurité. Washington semble ainsi vouloir tracer une ligne rouge, au moment où l’enjeu principal demeure le rétablissement de l’ordre public et l’avancement vers des élections crédibles.

Dans un pays déjà éprouvé par l’insécurité, les déplacements forcés et l’effondrement de plusieurs services essentiels, cette prise de position américaine risque d’avoir un impact politique immédiat. Elle renforce l’idée que la communauté internationale, et particulièrement Washington, ne veut plus cautionner des arrangements de dernière minute au sommet de l’État, surtout si ces arrangements sont perçus comme favorables aux gangs ou contraires à l’objectif de stabilité.

À mesure que l’échéance du 7 février approche, la pression s’intensifie sur les acteurs de la transition. Le message américain, lui, est désormais explicite : l’instabilité n’est pas une fatalité haïtienne, mais une stratégie de pouvoir. Et ceux qui l’entretiennent pourraient bientôt en payer le prix.

Desk Report

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