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Sécurité nationale : pendant que le Premier ministre et Laurent Saint-Cyr étaient sur le terrain à la MMSS, d’autres membres du CPT tâtonnaient à la Villa d’Accueil

Port-au-Prince, 27 janvier 2026 — Au sommet de l’État, deux dynamiques avancent désormais à des rythmes opposés. Tandis que l’insécurité continue de peser lourdement sur le quotidien des citoyens, une ligne d’action et une ligne d’hésitation se font face. D’un côté, le président du Conseil présidentiel de transition Laurent Saint-Cyr et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, debout sur le terrain, à la base de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS). De l’autre, plusieurs membres du CPT, repliés à la Villa d’Accueil, poursuivent un projet de résolution visant à écarter le chef du gouvernement, alors même que le pays est engagé dans une lutte frontale contre les gangs armés.

La visite officielle à la MMSS ne relève ni du symbole ni de la mise en scène. Elle s’inscrit dans une logique d’action directe : reprendre pied sur le territoire, réaffirmer l’autorité de l’État et desserrer l’étau criminel qui asphyxie quartiers, routes et institutions. Elle intervient surtout à l’approche du 7 février, date lourde de sens où chaque décision pèse davantage et où chaque hésitation peut devenir une faille.

Sur la base principale de la MMSS, le message transmis par les autorités est clair. Le Premier ministre a salué le professionnalisme et la discipline des forces multinationales, exprimant la reconnaissance du gouvernement haïtien au Kenya pour son leadership et sa solidarité. Ce geste traduit une ligne politique assumée : face à l’urgence, l’État choisit la coordination plutôt que l’isolement, l’efficacité plutôt que l’improvisation, la continuité plutôt que la rupture.

Le chef du gouvernement a également réaffirmé les efforts diplomatiques et opérationnels engagés pour l’arrivée prochaine de la Force de répression des gangs, forte de plus de 5 550 soldats et policiers. Cette force est appelée à épauler la Police nationale d’Haïti, les Forces armées d’Haïti et la Task Force nationale dans une bataille décisive : démanteler les gangs, briser leurs réseaux et neutraliser durablement leur capacité de nuisance.

Le message est sans équivoque. L’État ne reculera pas. La sécurité des citoyens demeure une priorité nationale absolue. Sécuriser les infrastructures stratégiques, rouvrir les voies de circulation, permettre le retour des déplacés et créer les conditions d’élections crédibles constituent l’ossature d’une feuille de route que le gouvernement entend suivre jusqu’au bout.

Pendant ce temps, à la Villa d’Accueil, le contraste est saisissant. Certains membres du CPT persistent dans une logique de confrontation institutionnelle. Le projet de résolution visant à écarter le Premier ministre avance à pas hésitants, en dépit des avertissements répétés sur les conséquences d’une rupture de la chaîne de commandement sécuritaire à quelques jours du 7 février.

Pour de nombreux observateurs, cette démarche ressemble à une fuite en avant. Changer de Premier ministre à ce moment précis reviendrait à fragiliser l’édifice sécuritaire, à brouiller les lignes de coordination avec les partenaires internationaux et à créer un vide dont les gangs armés sauraient immédiatement tirer profit.

Les risques post-7 février sont visibles et identifiables. À Port-au-Prince, toute instabilité au sommet de l’État pourrait rouvrir des brèches à peine refermées : retour des barricades, reprise de territoires, multiplication des enlèvements et attaques contre les infrastructures vitales. La capitale redeviendrait alors le cœur battant d’un chaos exploité par les groupes criminels.

Dans l’Artibonite, déjà éprouvée par la présence de gangs structurés, une vacance de pouvoir ouvrirait la voie à une extension de leur emprise le long des axes agricoles et commerciaux, mettant en péril l’approvisionnement du pays et la sécurité alimentaire nationale.

Dans le Nord, souvent perçu comme un refuge relatif de stabilité, un affaiblissement de l’autorité centrale pourrait provoquer un glissement progressif : infiltration criminelle, économie illégale en expansion et frustrations sociales instrumentalisées jusqu’à fissurer l’équilibre régional.

Dans ce contexte, la communauté internationale n’est plus dans la nuance. Les États-Unis ont déjà sanctionné deux des cinq membres du CPT à l’origine du projet de résolution, traçant une ligne rouge claire. Le Canada, le Royaume-Uni et l’Union européenne s’alignent sur une position de fermeté : soutien total aux efforts sécuritaires menés par le gouvernement et refus catégorique de tout changement institutionnel à dix jours du 7 février 2026. Toute ambiguïté diplomatique à ce stade serait lue par les gangs comme un signal de faiblesse et une invitation directe à reprendre l’offensive.

Le 7 février ne doit pas être une fracture, mais une ligne de vérité. Une ligne où chacun sera jugé, non sur ses discours, mais sur ses choix. L’histoire retiendra ceux qui auront tenu l’État debout au moment critique, et ceux qui, par calcul ou hésitation, auront laissé le pays vaciller au bord de l’abîme.

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